mardi 7 novembre 2017

La couleur du langage des "oiseaux"



Ce billet fait suite à un autre écrit en janvier 2015: la couleur des choses . Je vous invite à le lire à nouveau comme préambule avant de revenir à celui-ci. Je terminais en écrivant que la couleur n'est pas seulement attribuée au concept de la couleur, elle peut être également attribuée à autre chose.

Pour un daltonien en manque de cônes comme moi, mais à l'oreille fine, les sons émis par les oiseaux revêtent une importance capitale dans la reconnaissance de l'espèce. Et j'ajoute tout-de-suite qu'il n'est pas nécessaire d'être daltonien pour avoir une ouïe extraordinaire permettant de reconnaître les moindres sons et les interpréter de façon judicieuse. Il se trouve quelques ornithologues qui sont des mentors pour moi à ce point de vue et il n'est pas nécessaire d'être avancé en âge pour faire partie du groupe. Olivier Barden, un jeune Québécois surdoué, est un phénomène en ce domaine. Mais il n'y a pas de raccourci pour atteindre ce niveau. Il faut beaucoup, beaucoup de persévérance, de travail, d'écoute d'enregistrements, de temps passé sur le terrain et de passion pour assimiler le tout.


La Grive des bois / Hylocichla mustelina / Wood Thrush possède un chant éthérique dont les notes flûtées et vaporeuses enchantent l'oreille et nous transportent dans un autre monde.

Que serait ce monde sans les sons émis par les oiseaux ? Que serait un lever de soleil s'il n'était accompagné du concert de la gent ailée ? D'entrée de jeu, je vous accorde que ce ne sont pas tous les oiseaux qui émettent des sons agréables. Le croassement de la corneille ne saurait être avantageusement comparé aux vocalises joyeuses du roselin ou aux acrobaties vocales de haut voltige du goglu.


Qui ne connaît les sons rauques émis par le Carouge à épaulettes / Agelaius phoeniceus phoeniceus / Red-winged Blackbird, un oiseau commun des espaces ouverts. Il règne en maître absolu sur les marécages où son cri retentit incessamment durant la saison des amours.

Très agressif, il protège son territoire contre tous ceux qui osent en franchir les limites. Ses cris sont accompagnés du déploiement du rouge éclatant de ses épaulettes.
 
Ce qui impressionne souvent c'est de constater comme de petits oiseaux peuvent émettre des chants aussi puissants. Pensons au lilliputien Troglodyte des forêts / Troglodytes hiemalis hiemalis / Winter Wren dont le chant énergique envahit la forêt de résineux ou à la diminutive Paruline couronnée qui nous martèle d'un vigoureux "ti-pié, ti-pié, ti-pié" dès que nous pénétrons son territoire en forêt de feuillus.


Du haut de ses 10 cm, cette boule d'énergie qu'est le Troglodyte des forêts impressionne par un chant qu'on prêterait volontiers à un oiseau beaucoup plus massif.

Mais comment les petits oiseaux font-ils pour expulser avec autant de force de tels sons à partir d'un corps souvent menu ? L'explication vient de l'anatomie bien particulier à l'oiseau au niveau des voies respiratoires.

Le syrinx est un organe situé au fond de la trachée des oiseaux. Il leur permet d'émettre des vocalises, comme le larynx le permet pour les autres vertébrés.  Contrairement aux mammifères, chez qui le larynx se retrouve au-dessus de la trachée, le syrinx se trouve sous la trachée, entouré des sacs aériens claviculaires (bronche), au niveau de la 2ième ou 3ième vertèbre thoracique et de la bifurcation de la trachée.





  1. Dernier anneau cartilagineux de la trachée
  2. Tympanum
  3. Muscles
  4. Pessulus
  5. Membrane tympanique externe
  6. Membrane tympanique interne
  7. Second groupe de muscle
  8. Bronche principale
  9. Anneaux cartilagineux bronchiques



L'organe vocal est constitué d'une structure cartilagineuse qui fait vibrer une membrane devant deux cavités ou pavillons qui servent de caisse de résonance. Chez les canards, le cartilage est surmonté d'un renflement que l'on appelle tambour ou bulle de la syrinx et qui permet d'amplifier les sons. Chez certaines espèces les deux pavillons peuvent ne pas vibrer à la même fréquence de façon à produire une note différente. Pour d'autres, les pavillons sont absents.




L'éclatante Paruline jaune / Setophaga petechia amnicola / Yellow Warbler est une cantatrice exceptionnelle qui peut émettre une dizaine de chants différents. Son imitation de la Paruline à flancs marron est digne de mention et elle peut déjouer le plus habile des ornithologues.

À l'instar de bien d'autres espèces de parulines, lorsque la Paruline à flancs marron / Setophaga pensylvanica / Chestnut-sided Warbler chante, elle y met toute l'énergie disponible afin de se faire bien entendre. Après tout, sa prestation lui vaudra de trouver la partenaire permettant une nidification réussie.


La sérénade du Merle d'Amérique / Turdus migratorius migratorius / American Robin est l'un des sons printaniers les plus beaux et réconfortants à entendre pour les Québécois au sortir de l'hiver.


Le syrinx est plus ou moins sophistiqué selon les espèces et les sexes. Il est en effet souvent plus développé chez les mâles, plus aptes à chanter. Chez les perroquets, la musculature qui permet au syrinx de vibrer est très développée, même si on trouve des différences notables entre les groupes.



Les "oiseaux noirs", comme nous les appelons souvent, émettent des sons plutôt rauques et grinçants. Ils peuvent pallier à cet handicap en arborant un plumage iridescent. Ce Quiscale bronzé / Quiscalus quiscula versicolor / Common Grackle nous en fait une belle démonstration.
 
Les gros oiseaux comme les cygnes et les grues ont une trachée très allongée, qui tient lieu de caisse de résonance.


Cet énorme Cygne trompette / Cygnus buccinator / Trumpeter Swan accompagne un groupe de Bernaches du Canada / Branta canadensis interior / Canada Geese à Saint-Jean-sur-Richelieu. Ces deux espèces émettent de puissants sons qui s'entendent de très loin.


Le syrinx est très peu développé chez les vautours, les autruches et quelques espèces de cigognes.


Est bien chanceux celui qui entendra une seule fois dans sa vie un Urubu à tête rouge / Cathartes aura septentrionalis / Turkey Vulture émettre un quelconque son. Habituellement silencieux, il peut laisser échapper à l'occasion des sifflements, des gloussements ou des plaintes, mais il le fait toujours très discrètement et en situation conflictuelle.  




Un autre son souvent entendu surtout au printemps est la longue plainte de la Tourterelle triste / Zenaida macroura carolinensis / Mourning Dove. Comme plusieurs autres columbiformes, elle emmagasine de l'air au niveau de la gorge et elle  l'expulse tout en émettant un "cou-ouuuu...ouuuu...ouuuu...ouuuu" langoureux qui lui vaut son nom.



En résumé



Le syrinx ou larynx inférieur est essentiellement composé d’une membrane à la partie inférieure de la trachée qui forme, au niveau de la bifurcation des bronches, une valvule circulaire faisant saillie dans l'intérieur de la trachée. Cette membrane, tenant lieu de tympan, unique ou double (suivant qu'elle est au-dessus ou au-dessous de la bifurcation), est l'organe vibratoire qui produit les sons, sous l'influence de la colonne d'air chassée par le jeu des poumons et de la tension produite par de petits muscles, en nombre très variable suivant les espèces.  Les oiseaux dits chanteurs (paruline, roselin, merle…) ont jusqu'à cinq paires de ces muscles,  les perroquets n'en ont que trois et les rapaces une seule paire.

Les tambours, quand ils existent, et la trachée plus ou moins longue, plus ou moins flexible, contribuent aussi à varier le son de la voix ou à lui donner une plus grande portée. On sait d'ailleurs que l'éducation fait beaucoup sous ce rapport, puisque l'on peut apprendre à chanter à des espèces d’oiseaux dont la voix ordinaire est peu harmonieuse, et qui ont, par conséquent, un syrinx moins parfait que les autres.




Le diminutif Moucherolle tchébec / Empidonax minimus / Least Flycatcher au plumage terme attire notre attention lorsqu'il répète l'onomatopée qui lui a valu son nom, un sec "tché-bec" répété à satiété.

Lorsqu'aux couleurs éblouissantes de la nature s'ajoute la couleur du langage des oiseaux, ces moments impérissables s'ajoutent à la liste des raisons pour lesquelles la planète bleue doit être valorisée et protégée pour les générations à venir. 

Merci à cette Paruline à poitrine baie de s'époumoner pour nous le rappeler.







@ bientôt.





2 commentaires:

Stéphane Giguère a dit…

Bravo et merci pour vos billets extrêmement intéressants et enrichissants.

Michel Paquet a dit…

Wowww...plaisirs et bon moments de lectures. Encore et encore...voilà une belle richesse. Merci beaucoup.